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L'oeil d'une blonde

L'oeil d'une blonde

Un blog journalistique écrit par une jeune femme blonde sur l'actualité en Bretagne dans un premier temps.


Notre-Dame-des-Landes: ce que tu aurais du lire avant d'aller voter oui.

Publié par L'oeil d'une blonde sur 18 Juillet 2016, 22:59pm

Catégories : #Notre-Dame-Des-Landes

Le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes est envisagé depuis 1963 et connaît une forte opposition depuis 1974. Chacun d'entre nous en a entendu parler et a son avis ou non sur la question. On sait que l'aboutissement du projet conduirait à la destruction d'une zone humide à 98%, à la disparition d'un site riche d'une biodiversité rare aujourd'hui et à l'expulsion de fermes agricoles dont les occupants sont historiques. Mais est-ce que la construction d'un nouvel aéroport est-elle réellement nécessaire? Quels sont les arguments des porteurs du projet? N'y a-t-il pas une alternative beaucoup plus intéressante pour l'intérêt collectif?

Panneau d'entrée de commune de Notre-Dame-des-Landes avec les autocollants de communication des anti et pro-aéroports.

Panneau d'entrée de commune de Notre-Dame-des-Landes avec les autocollants de communication des anti et pro-aéroports.

Mon enquête démarre en 2000, lorsque le projet de Notre-Dame-des-Landes refait surface. L'auteur de ce rebondissement se nomme Jean-Claude Gayssot. Ministre de l'équipement, des transports et du logement à cette époque, il compte au sein de ses chargés de missions un certain M. Notebaert. Un monsieur qui deviendra président de VINCI Airports et membre du Comité de Direction de VINCI Concessions en février 2008. Je rappelle que c'est la société Aéroports du Grand Ouest (AGO), filiale de VINCI Airports, qui est choisi dans le cadre du contrat de partenariat public-privé portant sur la réalisation de ce nouvel aéroport quelques années plus tard...

Revenons à l'exhumation de ce projet qui va entraîner une demande de "débat public" accepté par l'Etat, porteur du projet via la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC). Les pro-aéroports y exposent quatre bonnes raisons, en apparence, de mener à bien ce projet.

Nantes Atlantique: un aéroport saturé?

Leur premier argument est qu'il devient urgent de répondre à la saturation de l'aéroport de Nantes-Atlantique dont le trafic est en plein essor. Ils affirment que la seule et unique piste existante ne sera plus suffisante lorsque les mouvements commerciaux auront atteint les chiffres 75 000 à 80 000. Une première question se pose alors: comment se fait-il donc que le trafic serait saturé dans ces conditions à Nantes-Atlantique, pendant qu'à Genève, sur une surface semblable et avec là aussi une seule piste, on accueille plus de 160 000 mouvements commerciaux en 2014? Étrange...

Mais attendez! L'aérogare, même en cas d'extension maximale, ne permettrait d’accueillir que 4 millions de voyageurs. Il est même inscrit noir sur blanc dans les documents du débat public que "la situation technique de l'aéroport de Nantes-Atlantique, fondée sur la capacité de l'aérogare à 3 millions de passagers, est envisagée à l'horizon 2010". Mensonge! L'aérogare n'a connu aucun travaux d'agrandissement et pourtant, en 2014, il a accueilli 4 millions de voyageurs...

Transfert à Notre-Dame-des-Landes: plus de destinations pour les voyageurs?

La deuxième qualité de NDDL serait la possibilité d'améliorer l'offre de mobilité vers les principales villes en France, en Europe et à l'international. D'accord mais pour cela il faut convaincre les compagnies aériennes de suivre le transfert de Nantes-Atlantique. Ce sont elles qui décideront de la véracité de cet argument. Or, on sait que la croissance de l'aéroport actuel s'est faite, ces dernières années, par le low-cost. Bonne nouvelle pour les petits revenus me direz-vous. Mais ce qu'on oublie c'est que les compagnies low-cost ferment souvent leurs lignes au bout de 2 ou 3 ans. Pourquoi? Parce qu'après ce laps de temps, elles ne bénéficient plus d'exonérations (1) avantageuses (80% d'exonération la première année, 60% la deuxième année, 10% la troisième). De plus, il est peu probable qu'avec un tel fonctionnement, elles acceptent de payer des tarifs aéroportuaires plus élevés dans le cadre de l'amortissement de la construction de NDDL. Triste rêve qui s'envole...

Réduire la dépendance du "Grand-Ouest" aux infrastructures parisiennes.

On conviendra qu'un aéroport qui ne proposera donc pas plus de destinations que l'actuel, ne réduira pas non plus la dépendance du territoire aux infrastructures parisiennes. Et, surprise, il en est de même pour le financement.

En 2009, un collectif nommé CéDpa (Collectif des Elus doutant de la pertinence de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes) est créé. Oui, oui! Il existe encore des politiques qui pensent au bien-être collectif aussi surprenant que cela puisse paraître. Bref! Ce collectif, fatigué de demander une étude économique qui ne vient pas, décide de financer lui-même une contre-expertise de l'étude coûts/bénéfices de la DGAC. Une analyse comme celle-ci permet de vérifier qu'un projet apporte bien une amélioration de la richesse pour la collectivité dans son ensemble. Soucieux de l'objectivité de la démarche, le CéDpa fait appel à un cabinet hollandais indépendant et spécialisé dans le domaine: CE/Delft. Le verdict est fâcheux pour les pro-aéroports: non respect des directives nationales sur la méthode de calcul, oubli de certains coûts notamment celui du tram-train qui doit desservir le nouvel aéroport, ajout à tort de certains bénéfices et erreurs de calcul. Bah voyons!!! Avec la correction de ces nombreuses maladresses, le résultat final n'est plus un bénéfice comme l'avait annoncé l'Etat, mais une perte pour la collectivité. Pour traduire, ce serait un énorme gâchis de tes impôts. Je sais. La pilule devient vraiment difficile à avaler... Surtout lorsque tu apprends que la Déclaration d'Utilité Publique a été signée sur la base de cette étude coûts/bénéfices erronée et pas par n'importe qui... Bernard Hagelsteen, préfet de de la Loire-Atlantique et de la région Pays de la Loire à l'époque, aujourd'hui responsable des péages des Autoroutes du Sud de la France et conseiller auprès de Pierre Coppey, président de VINCI Autoroutes. Qu'est ce que tu veux? Quand on peut aider les copains...

De nouveaux emplois.

Du boulot?! Chouette! Je veux un aéroport à Notre-Dame-des-Landes! Sortez les cotillons, faites péter le champagne et chanter à tue-tête: "oui à l'aéroport!". Doucement! Doucement! Calme toi brave petit citoyen besogneux. N'as tu pas encore compris que "l'illusion c'est l'ignorance"? Même des élus politiques en faveur du projet ne croient pas à la création d'emploi. Je cite: "la question centrale n'est pas celle de la création des emplois, puisqu'il est vrai que si on déplace l'aéroport, on déplace les emplois qui vont avec. Bien sûr il y aura un chantier, mais les emplois liés au chantier ne seront que provisoires". Ces mots sont ceux de Christophe Clergeau, premier vice-président de la Région Pays de la Loire sur France Inter le 3 décembre 2012.

Il est vrai que Vinci a annoncé "3000 emplois créés pendant le temps de la construction". Mais ce qu'ils ont oublié de préciser, c'est qu'il s'agit de 3000 "hommes-année". Qu'est ce que c'est que cette expression?! C'est une mesure assez bizarroïde qui ne veut pas dire grand chose. 100 années-homme seraient le travail d'un homme pendant 100 ans, ou de 100 hommes pendant un an. Sauf qu'un homme seul mourra avant 100 ans, et 100 hommes ne passeront pas uniquement leur temps à travailler mais aussi à discuter. Tout de suite les chiffres paraissent beaucoup moins clairs. A l'inverse, la destruction d'emplois durables au nord de Nantes est une certitude. L'implantation d'un nouvel aéroport signifie la destruction directe de 200 emplois agricoles sans prendre en compte les emplois qui en découlent (soins et contrôles vétérinaires, transformation des produits agricoles...etc).

"Et c'est pas fini!", comme dirait l'autre. Airbus emploie aujourd'hui 2000 salariés à Bougenais, dans une usine ou sont fabriquées les structures centrales des avions. La fermeture de l'aéroport de Nantes-Atlantique pourrait considérablement réduire l'activité à cause d'une brusque augmentation des frais logistiques. En effet, les frais ne seraient plus couverts par l'exploitation de l'aéroport. Et si, quand bien même, on maintenait la piste qui accueille les pièces des futurs Airbus à bord du fameux transporteur Béluga, ce serait une nouvelle fois les collectivités locales qui seraient appelées à payer le fonctionnement de la piste. Brave contribuable dont on va vider les poches jusqu'à la fin... Bienvenue dans la démocratie canada dry, "qui comme le disait la publicité de cette boisson que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, a la couleur, la saveur, l'odeur de la démocratie mais qui n'en est pas".

L’œil d'une blonde.

1. L'exonération est l'action d'exonérer. C'est-à-dire de décharger quelqu'un, quelque chose de quelque chose, les dispenser, totalement ou en partie d'une charge, d'une obligation: affranchir quelque chose de certaines taxes.

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