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L'oeil d'une blonde

L'oeil d'une blonde

Un blog journalistique engagé écrit par une jeune femme blonde sur l'actualité en Bretagne dans un premier temps.


Touche pas à ma Bretagne!!!

Publié par L'oeil d'une blonde sur 9 Mars 2017, 19:07pm

Catégories : #projets miniers

Qu'est-ce qu'un breton peut-il faire le dimanche? Aller à la messe, manger en famille et se balader tranquillement au beau milieu du Kreiz Breizh? Sûrement! Mais que devient ce joli programme s'il apprend que le bruit des foreuses s'invite au fest deiz?

Logo de l'association Vigil'Oust qui réunit les opposants aux projets miniers en Centre Bretagne (source ABP)

Logo de l'association Vigil'Oust qui réunit les opposants aux projets miniers en Centre Bretagne (source ABP)

Les habitants du Centre Bretagne ne dorment plus sur leurs deux oreilles depuis qu'un événement du passé est sur le point de se reproduire...

Tout commence le 3 novembre 2014 quand Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, accorde un permis exclusif de recherches minières (perm) sur une superficie de 41 100 hectares. Impliquant 34 communes de la région de Merléac (22), ce permis sonne le début de la course à l'or en Armorique.

 

La Bretagne: eldorado des chercheurs de métaux.

 

Quand Emmanuel Macron déclarait qu'il fallait "de manière intelligente et durable, regarder comment (...) exploiter [les ressources minières]" sur l'ensemble du territoire (Ouest-France du 07/10/2015), on aurait du se douter qu'il pensait particulièrement à la Bretagne.

Un mois avant de s'exprimer, ce sont deux nouveaux sites du Kreiz Breizh qu'il offre à la prospection minière de Variscan Mines. Le premier dit de Loc-Envel (22) s'étale sur 336km². Le deuxième dit de Silfiac (56) couvre une zone d'environ 173km². Puis c'est en Loire-Atlantique, à Abbaretz, que la société obtient le droit d'effectuer ses recherches pour une durée de 5 ans renouvelable une fois. Ils sont dans l'attente d'un cinquième permis en Ille-et-Vilaine sur la commune de Dompierre.

Déjà, dans les années 60 à 80, l'Etat s'intéressait à la région de Merléac. Des études avaient été menées par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM). Un organisme public dont le directeur général et le président de Variscan Mines sont d'anciens fonctionnaires. Jugé peu rentable à l'époque, l'exploitation n'avait pas eu lieu.

Seulement voila! La société française Variscan Mines est une filiale de la multinationale Variscan Mines Limited. Le groupe australien côté en bourse y a investi la majorité des capitaux qui ont permis sa création. Les cours des métaux s'envolant ces derniers temps, le sol breton devient une aubaine pour faire encore plus de profit.

En 2016, le site de Merléac est classé 9ème des 300 projets miniers de la société Variscan Mines. Il pourrait y être extrait 2,2 millions de tonnes de minerai comprenant 6% de zinc, 1,3% de plomb, 0,8% de cuivre, 80,6 g par tonne d'argent et 0,9 g par tonne d'or.

Mais quelles retombées pour le territoire local sont-elles possibles quand 100% des capitaux sont étrangers?

 

Pourquoi tant d'inquiétudes?

 

On sait qu'une mine, comme n'importe quelle entreprise, paye 35% d'impôts. Elle doit également reverser une commission monétaire en fonction d'un pourcentage de chiffre d'affaires. Mais rien ne garantit que l'Etat Français redistribuera cette richesse aux bretons. D'autant plus lorsqu'on apprend l'existence d'un rapport du BRGM, datant de 1982, qui reconnaît noir sur blanc les conséquences désastreuses qu'aurait une exploitation minière à Merléac sur l'environnement. Il y est écrit que "l'impact sur l'eau dépend du minerai" et que la situation locale est de ce point de vue "l'une des plus défavorables". On voit là l'importance que les gouvernements français portent à l'agriculture bretonne entre autre...

Quelle laiterie prendra le risque d'acheter le lait des paysans proches de la zone d'exploitation? En effet, au contact de l'eau, l'oxydation de la pyrite produit de l'acide sulfurique. Ce qui engendre le drainage acide des mines. Et même si Michel Bonnemaison, directeur général de Variscan Mines, affirme que la manière dont se conduisaient les travaux il y a trente ans a radicalement changé, les inquiétudes persistent.

Il n'existe aucun exemple de "mine verte". Un fait confirmé par Denis Bois, directeur de l'Unité de Recherches et de Service en Technologie Minérale de l'Université de Québec: "c'est une direction qui est prise plus que l'état des choses. Il ne poussera pas une mine verte demain matin".

La butte de terre de Kerveno, située au lieu-dit de la Porte-aux-Moines, serait-elle un témoignage du passé pour prévenir de l'avenir? Vierge de toute repousse depuis 1981, elle renferme les minerais et les remblais de la mine extraits du temps de De Gaulle, Pompidou et Giscard d'Estaing.

Une partie de la chaîne humaine contre le projet minier de Merléac, dimanche 5 mars à St Martin-des-Prés.

Mobilisés contre vents et marrées!

 

Dimanche dernier, à St Martin-des-Prés (22), le Collectif Vigil'Oust organisait un rassemblement non violent "pour prendre les devants sur la foreuse". Le président de Variscan Mines Limited l'avait annoncé: "It is now time for the drill bit to do the talking (il est temps de faire parler la foreuse)".

Prévus pour l'été 2017, ces forages feraient 20 à 1500 mètres de profondeur selon les opposants au projet. Des trous qui entraîneraient des perturbations et déviations des cours d'eaux souterrains, la dissémination de divers toxiques naturels présents dans le sous-sol (arsenic, pyrite, cadmium...etc) dans l'eau, l'air et sur les sols.

Les bretons et bretonnes se sont donc déplacés en masse, un millier selon la gendarmerie, pour former une chaîne humaine. Armés de leurs banderoles et panneaux, ils ont bravé le froid, la pluie, le vent et la grêle. C'est dire leur détermination! De nombreux soutiens les ont également rejoint: la Confédération Paysanne, des Bonnets Rouges et des parlementaires du Parlement de Bretagne fraîchement élu. "Je pense qu'à l'heure actuelle, on a tout ce qu'il faut pour pouvoir utiliser d'autres énergies que les énergies fossiles", déclare l'une des élues. Membre de la commission agriculture et environnement, elle rappelle que "l'Etat Français a signé l'arrêt de ce genre d'exploitation dans les accords de la COP 21".

Après deux heures de marche main dans la main, les manifestants se sont regroupés devant une petite caravane. Fromage du coin pour ceux qui ont un petit creux et signature de bordereaux de refus d'accès aux terres pour les autres, la journée se termine sur une promesse. Ils se reverront le 18 mars, à 10h30, à Guingamp.

Affaire à suivre donc...

 

L'oeil d'une blonde.

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