Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'oeil d'une blonde

L'oeil d'une blonde

Un blog journalistique écrit par une jeune femme blonde sur l'actualité en Bretagne dans un premier temps.


Tanguy Séité: l'homme pressé.

Publié par L'oeil d'une blonde sur 14 Novembre 2016, 11:12am

Catégories : #parlementdebretagne

Il est 9h quand j'appelle Tanguy Séité, 25 ans, candidat aux élections nationales bretonnes pour la diaspora. Nous devions nous voir une heure trente plus tard à Rennes. Ma voiture ayant été empruntée par le tonton, je demande au jeune homme habitant à Mouilleron Saint Germain (Vendée) s'il peut se rendre à St Brieuc des Iffs (35). Un changement de programme qu'il accepte volontiers...

 

Tanguy Séité, candidat aux élections nationales bretonnes de novembre 2016.

Tanguy Séité, candidat aux élections nationales bretonnes de novembre 2016.

C'est la bouche remplie d'excuses que j'accueille Tanguy Séité venu avec ses parents. Le sourire aux lèvres, il me rassure tout de suite: "mes parents cherchent à revenir en Bretagne. Ils vont en profiter pour regarder les maisons à louer et trouver une bonne crêperie bretonne où manger ce midi!".

Les parents de Tanguy sont en effet originaires de Roscoff (29) pour l'un et Nostang (56) pour l'autre. Son papa s'est vu proposer une place de gardien de château en Vendée qu'il a accepté. Un choix qu'il a regretté plus tard lorsqu'il a compris qu'on lui avait fait signer un CDD et non un CDI. Tanguy n'a donc jamais habité en Bretagne mais il s'est toujours senti breton: "je vis en France mais mon pays, c'est la Bretagne. Je ne saurais pas expliquer pourquoi, je le sais. C'est tout."

Pressé de s'installer dans le pays qu'il a choisi, Tanguy Séité est à la recherche d'un emploi. "N'importe lequel tant que c'est du boulot", me confie l'expatrié breton. Même s'il préférerait que ce soit en mer. Peut-être est-ce là ce qui lui manque le plus dans le fait d'avoir quitté la marine française. Il y a servi deux ans à bord de l'aviso (1) nommé Lv Le Henaff. Un navire basé à Brest mais qui était récemment près des côtes libyennes. "On parle toujours du Charles De Gaulle (2), mais c'est bien Lv Le Henaff qui était au front lors de la guerre en Libye", m'apprends le candidat.

Entré dans le mouvement breton en 2010, c'est par le biais de son ancienne petite amie que Tanguy met un pied dans la culture bretonne.

 

Sans repères.

 

L'ancien militaire qualifie son ex comme une personne "un peu trop rentre-dedans". Elle a commencé par lui faire connaître la chanson An alarc'h, Le Cygne en français. Cette chanson évoque le retour d'exil triomphal du duc Jean IV de Montfort, débarquant dans un vaisseau aux voiles blanches pour reconquérir la Bretagne. Ce duc avait pourtant été chassé quelques années auparavant par les bretons. Mais, voyant que l'indépendance du duché était encore plus menacée sans lui qu'avec lui, ils avaient envoyé une délégation pour qu'il revienne. "Cette chanson est à la fois un appel au meurtre mais aussi un cri de ralliement", interprète Tanguy. "Certains français la reprennent aujourd'hui, ils ne savent même pas ce qu'ils chantent...", ajoute le candidat déploré.

Pour Tanguy Séité, le monde de quand j'étais gamine, j'ai 23 ans, n'est pas le monde d'aujourd'hui. "On a été élevé dans une société où nos parents représentaient l'autorité et ce n'est plus le cas aujourd'hui", pense le jeune homme. "J'ai 14 neveux et nièces, l'un d'entre eux est en SEGPA (3) au collège et se fait harceler". Visiblement touché par la souffrance du garçon, Tanguy me raconte qu'un des responsables de ce harcèlement a été viré de l'établissement puis, de nouveau admis l'année suivante. "Le gamin a une descente de flics toutes les semaines chez lui!", s'exclame le candidat aux élections nationales bretonnes. Une anecdote qui renvoie à ce que Tanguy a écrit dans sa profession de foi: "la Bretagne est en train de relever son étendard de la poussière. Relevons le ensemble face à un monde en perpétuelle évolution". Il ajoute que "ce siècle sera celui des nations renaissantes (Bretagne, Catalogne, Corse, Ecosse...)".

Partisan d'une Bretagne libre et indépendante, l'expatrié pense que "les gens ont besoin de repères sinon c'est l'anarchie". Curieuse de connaître la définition qu'il donne à ce mot, je lui demande qu'est ce qu'il veut dire exactement. Il me répond que "le plus gros révélateur, ce sont les cités". Tanguy perçoit les cités comme des lieux où les jeunes n'auraient "plus d'autorité parentale et dont la Nation française se fout". Un phénomène de société qui expliquerait, selon lui, l'embrigadement de certains et certaines d'entre eux via le seul repère qui leur reste: la religion.

C'est le même sentiment de rejet que Tanguy a ressenti lors d'un défilé militaire où il servait encore la France. Ce jour-là, il a rencontré de nombreux politiques français. "Nicolas Sarkozy et François Hollande nous ont salué. Tandis que Marine Le Pen a eu de l'intérêt pour nous et le peuple français. Elle a pris le temps de discuter avec nous", raconte le futur potentiel élu. "Je ne rejoins pas ses idées dans le sens où son pays est la France et le mien la Bretagne. Mais c'est important de respecter ceux qui donnent leur vie pour leur pays", tente de justifier Tanguy. Un souvenir que le candidat aux élections nationales bretonnes date d'avant l'élection présidentielle française de 2012.

Le seul président français que semble respecté Tanguy est le Général De Gaulle. "Il a voulu le fédéralisme même s'il a donné des coups de poignards dans le dos à la Bretagne".

 

Schéma de l'installation du Parlement Breton nomade après son réveil.

Premier schéma de l'installation du futur Parlement Breton après son réveil.

 

Nostalgique d'une Bretagne qu'il n'a pas connu?

 

Beaucoup de candidats voulant participer au réveil du Parlement Breton, sont partisans d'une Bretagne Fédérale. Un projet que Tanguy Séité accepterait "si le peuple le décide". Toujours un pied dans l'histoire, il n'oublie pas que Breizh a d'abord été un Royaume puis un Duché. Du moins, lorsqu'elle était indépendante au sens propre et figuré du terme. "Il nous faut une autorité supérieure", assène le jeune homme. Pour lui, les pays les plus démocratiques sont les pays du nord comme la Suède ou la Norvège. "Ils ont un roi. La différence avec un politique élu, c'est que la première chose à laquelle il pense, c'est garder sa place. Un roi c'est l'arbitre du jeu", me fait part Tanguy. J'ai alors cette impression d'avoir été trahie par l'expression de mon visage. A cet instant, le candidat ne semble plus me considérer comme une journaliste autodidacte mais comme une électrice à convaincre: "est-ce que tu apprécies le football?", me demande-t-il. Je lui répond que je préfère le volley. Il se lance alors dans une métaphore reprenant ses arguments: "lorsque tu joues au volley, chaque équipe a son capitaine? Comment on fait si les deux veulent arbitrer le match? D'où l'intérêt de désigner un arbitre", insiste-t-il. Mais qui pourrait prétendre à cette place aujourd'hui en Bretagne? "La famille Rohan serait légitime  mais elle a trahi en se battant du côté français à Saint Aubin du Cormier", pense tout haut Tanguy. "Ils ont tout fait pour être calife à la place du calife".

La première mission du Parlement de Bretagne sera d'écrire une constitution. Une tâche qui est loin d'effrayer Tanguy Séité. "On devrait simplement reprendre les lois et les coutumes de Bretagne (4) et les mettre à jour après les avoir lues", explique-t-il. Mais quelles mises à jour? "Il ne faut pas de petits Etats dans la Bretagne. La Fédération c'est bien mais jusqu'à certaines limites", précise le fumeur de cigarillo. Dans un cadre comme celui-ci, l'éducation, la médecine et la sécurité devraient être communes à toute la Nation et dépendre donc d'un pouvoir centralisé. "Les idées sont à prendre partout. Même du côté français avec la sécurité sociale pour tous", ajoute Tanguy Séité. Désireux du renouvellement de la classe politique, il redoute la volonté de s'accrocher au pouvoir. "J'espère que le mandat d'un parlementaire ne sera pas renouvelable plus d'une fois", me confie le breton. L'engagement bénévole n'excéderait donc pas six ans.

Un temps durant lequel, s'il est élu, Tanguy aimerait créer "un noyau" d'un ministère de la culture. Un simple noyau composé "de passionnés et de spécialistes dû au manque de candidats, d'électeurs et de jeunes qui nous pénalisent", me dit l'ancien militaire. Cette commission pourrait continuer le travail que le candidat a déjà commencé. Répertorier le patrimoine bâti breton en danger, y compris les fermes, les murets ou encore les puits présents depuis de nombreuses années. "J'estime, par exemple, que la disparition de certaines haies entraîne celle de la faune", explique Tanguy. "Rien n'est fait pour entretenir la mémoire de notre Nation", s'indigne le candidat. "Le Château des Ducs de Bretagne a même été saccagé de l'intérieur. T'as déjà vu un sol en béton dans un bâtiment du XIV ème siècle toi?!?", m'interpelle Tanguy.

Et pour s'occuper de la rénovation de ces bâtiments, le candidat a pensé à tout. "Les chômeurs et la jeunesse en difficulté pourraient s'investir contre rémunération. Ils apprendraient ainsi un métier et côtoieraient la population carcérale qui, au lieu de tourner en rond dans une cellule toute la journée, commenceraient leur réinsertion".

 

Défendre ses terres en étant indépendant.

 

Tanguy Séité souhaite également la création d'un Etat-Major provisoire qui réfléchirait à ce que le peuple aimerait comme armée. Une armée de circonscription qui revient à mettre en place un service militaire? Une armée professionnelle à la française? Ou une milice où chaque individu aurait une arme chez soi après avoir effectué son service? Une dernière option que l'homme qui me fait face défend. "L'ennemi, s'il attaque, devrait ainsi passer de maison en maison pour tuer tout le monde parce que chacun aurait de quoi se défendre". Mais d'autres questions se poseraient ensuite. Le service serait-il uniquement militaire, civil ou bien les deux? "Je pense qu'il est nécessaire de laisser ce choix au peuple. Qu'il prenne conscience lui-même des difficultés existantes ou non dans le fonctionnement de l'Etat par l'intérieur", explique le candidat. "Il nous faudrait aussi définir quel matériel utiliser. DCNS (5) est basé à Indret (Nantes), Lorient et Brest mais c'est un groupe français. Même chose pour STX (5) à St Nazaire qui est coréen. Seul Piriou (6) à Concarneau est breton", énumère l'ancien militaire. Un sujet qu'il connaît donc mieux que d'autres et dont il fait le parallèle avec les forces de l'ordre. Est-il nécessaire d'avoir une police et une gendarmerie? "Aux Etats-Unis, ils n'ont qu'une police", m'apprends le candidat.

Cette idée, Tanguy Séité ne la conçoit que dans une Bretagne indépendante et est persuadé que c'est ce que les jeunes veulent. "Le PIB de la Bretagne à 5 départements est de 112 à 113 milliards d'euros", affirme le candidat. "C'est tout ce qu'attendent les jeunes: des chiffres". D'ailleurs, lui qui est âgé de 25 ans, que pense-t-il de la candidature de Christian Troadec aux élections présidentielles françaises de 2017? "Il n'a aucune chance de gagner. Il fera quoi? 5%? Et encore...", déclare le candidat aux élections nationales bretonnes. "C'est plus un symbole qu'un acte".

 

L'oeil d'une blonde.

 

1. Un aviso était autrefois un navire de faible tonnage chargé de porter le courrier. Aujourd'hui, c'est un bâtiment léger conçu pour les missions lointaines, l'escorte, la protection des côtes et la lutte anti sous-marine.

2. Le Charles de Gaulle est un porte-avion de la marine nationale française mais aussi le navire amiral. Celui de l'officier de marine au grade le plus élevé de la flotte.

3. SEGPA (section d'enseignement général et professionnel adapté) est une structure liée au collège. Elle peut accueillir 48 élèves de 12 à 16 ans. Ils présentent généralement des difficultés scolaires qui ne peuvent être gérées en milieu ordinaire.

4. Les lois et coutumes de Bretagne ---> www.parlementdebretagne.org/le-droit-breton

5. DCNS et STX sont des groupes industriels spécialisés dans l'industrie navale militaire, les infrastructures maritimes et l'énergie nucléaire pour DCNS.

6. Piriou est une ETI (entreprise de taille intermédiaire) spécialisée dan la construction, la réparation, le maintien en conditions opérationnelles et l'ingénierie navale.

Commenter cet article

Romillat 14/11/2016 15:01

Je trouve des points de vue qui sont très bien

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents