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L'oeil d'une blonde

L'oeil d'une blonde

Un blog journalistique écrit par une jeune femme blonde sur l'actualité en Bretagne dans un premier temps.


Rozenn Haymel: une femme ordinaire.

Publié par L'oeil d'une blonde sur 24 Novembre 2016, 10:10am

Catégories : #parlementdebretagne

C'est à Saint Agathon (22) que je me rends en fin d'après-midi pour rencontrer Rozenn Haymel. Candidate aux élections nationales bretonnes, dont le vote physique aura lieu le dimanche 27 novembre à Surzur (56), je la rejoins chez son amie Mary Millasin Olivo. Elle aussi candidate.

 

Rozenn Haymel, candidate aux élections nationales bretonnes de novembre 2016.

 

Située à côté d'une ferme, la maison de Mary Millasin Olivo respire la convivialité et l'amour de la famille. Une ambiance que je me ferais un plaisir de décrire plus amplement dans le prochain portrait que j'écrirais.

Accueillie par Gilles Millasin, je retrouve Rozenn Haymel à l'intérieur de la maison. Fidèle à elle-même, la mère célibataire de 5 enfants est d'humeur joyeuse. Habitant depuis peu à Laniscat (22), elle est aujourd'hui sans emploi et souhaite le rester pour le moment. "J'ai travaillé beaucoup. Maintenant je vais mettre tout ça au profit de la Bretagne", me confie la femme âgée de la cinquantaine. Du temps libre qu'elle compte donc consacrer, au cas où elle serait élue, à sa fonction de parlementaire. "En tant que candidat aux élections nationales bretonnes, on nous a demandé de signer une charte. Il y est bien noté que nous nous engageons à travailler véritablement. Sinon c'est la porte", rappelle Rozenn Haymel.

 

"Qui boit l'eau d'une terre se doit d'en respecter les coutumes".

 

Mary Millasin Olivo, quelque peu malade avant mon arrivée, décide de nous rejoindre autour de la table de cuisine. L'entrevue avec Rozenn, Marie-Rose Haymel à l'état civil français, peut alors commencer.

Originaire de Lisieux en Normandie, c'est en 1981 que Rozenn est arrivée en Bretagne. "Je me suis installée en banlieue nantaise en sachant pertinemment que je me trouvais en Bretagne", affirme la dame de petite taille. En effet, lorsque Rozenn se rend quelque part, elle aime bien connaître l'histoire du lieu. Nantes étant la capitale historique de la Bretagne et abritant le Château des Ducs de Bretagne, il était difficile d'ignorer les faits. Mais c'est seulement en avril 2014 que la candidate rejoint la lutte pour la réunification. "On se promenait en centre-ville avec ma fille lorsque nous avons vu des affiches de l'association Bretagne Réunie (1). Elles appelaient à venir manifester pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne", se souvient Rozenn. Les deux nantaises décident de s'y rendre et rencontrent alors des Bonnets Rouges. "J'avais une très mauvaise image de ce mouvement avant de dialoguer avec des personnes qui s'en réclamaient", avoue Rozenn. "Mais ça, c'était à cause des médias", estime-t-elle. L'agent de service de profession devient alors militante. Elle suivra même, environ un an plus tard, une formation de six mois pour apprendre le breton aux côtés de l'association Skol an Emsav (2).

"La Bretagne est mon pays de coeur", écrit amoureusement Rozenn Haymel dans sa profession de foi. Un amour qu'elle a donc d'abord eu en apprenant que cette nation était plus ancienne que la Nation Française. Respectueuse des us et coutumes du sol sur lequel elle vit, la candidate a ensuite retrouvé chez les bretons des valeurs pour lesquelles elle s'est toujours battue. "Ici, il y a une fraternité, une pugnacité que je ne pensais plus exister dans ce monde individualiste", me confie Rozenn. Un sentiment que l'on peut illustrer par son soutien aux onze revendications des Etats Généraux de Morlaix (3), organisés par le Collectif des Bonnets Rouges en mars 2014. Des revendications qui résument 40 000 doléances envoyées par le peuple breton qui était, pour une fois, consulté.

Devenue indépendantiste bretonne, Rozenn Haymel a longtemps hésité à se présenter comme candidate aux élections nationales bretonnes de 2016. "Je n'ai jamais fait de politique... J'avais peur de ne pas être à la hauteur", raconte la secrétaire sténo-dactylo-correspondancière de formation. "Mais je ne regrette pas ma décision, je suis bien entourée", ajoute Rozenn en se retournant vers son amie Mary. C'est vrai qu'elle semble relativement épanouie et ça fait plaisir à voir! Enfin! J'interview une femme! Ce n'est pas que je suis pour la parité mais quand même...

 

Une économie bretonne dans une Bretagne Fédérale indépendante.

 

Tout comme de nombreux candidats, Rozenn Haymel aimerait que la Bretagne soit indépendante et sous un régime politique fédéral. "Les 15 pays du CELIB sont un découpage territorial intéressant du point de vue économique", pense la laniscataise. "Mais d'un point de vue juridique, nous devons prendre en compte le droit coutumier breton tout en l'accordant avec le temps dans lequel nous vivons", nuance Rozenn.

L'une des idées directrices des propositions de la future potentielle parlementaire est le développement des circuits-courts en agriculture. "Si nous traitons directement avec les petits producteurs, ces derniers seront tout aussi gagnants que les consommateurs", affirme Rozenn Haymel. "Actuellement, le litre de lait rapporte 0,30€ à l'agriculteur. On l'achète 1€ en grande surface. Imaginez un système où l'on achèterait 0,60€ le litre de lait sans passer par des intermédiaires", nous invite à penser la candidate. "On diminuerait la pollution de l'air en supprimant des allers-retours à Rungis (4)", constate Rozenn. D'accord. Mais comment éviter la perte d'emplois dans les grandes surfaces par exemple? La mère célibataire rétorque tout de suite: "on y vend aussi des dentifrices, des vêtements, des rasoirs...etc. Commençons par le secteur de l'agriculture qui est le plus en danger". Nous verrons par la suite donc. Chaque chose en son temps.

Toujours sur le thème de l'économie, Rozenn Haymel aimerait que les impôts prélevés en Bretagne soient réinjectés sur le territoire. En effet, le 7 février 2016, l'ABBR (Assemblée de Bretagne des Bonnets Rouges) nous apprenait par le biais d'une action pacifique que 87% de nos impôts restaient à Paris. Un chiffre obtenu par différentes règles de trois sur les chiffres globaux connus, en fonction du PIB des départements, de la moyenne salariale et fiscale des populations, des dotations de l'Etat Français...etc. 87% qui intégreraient tous les impôts directement payés à Paris: ceux sur le tabac, l'alcool, les produits pétroliers, la TVA, la vente immobilière...etc. Sans oublier la CSG (contribution sociale généralisée) et les parts de l'Etat sur les impôts locaux et fonciers (relatif à un fond de terre, à son exploitation, à son imposition). "On pourrait utiliser cet argent pour développer l'énergie éolienne sur notre grand littoral ou encore, dans l'éducation en aidant à la création de crèches où l'on parlerait breton ou gallo par exemple", propose Rozenn Haymel. Le plus jeune âge étant le plus propice pour l'apprentissage des langues.

 

On n'obtiendra rien de la France.

 

Le Parlement de Bretagne a pour vocation de représenter et de répondre aux attentes de la population vivant sur les 5 départements bretons historiques, ainsi qu'à la Diaspora bretonne à travers le monde. Il est, par conséquent, inévitable de penser à une stratégie de réunification. Un combat qui tient particulièrement au coeur de Rozenn: "ça va être dur de l'obtenir parce que ça fait des années qu'on la réclame". Considérant comme peine perdue d'attendre une réponse positive de l'Etat Français, la candidate compte sur les pays celtiques. "S'ils viennent à reconnaître le futur Parlement de Breizh, des pays comme l'Irlande ou l'Ecosse pourraient avoir du poids et faire réfléchir les dirigeants du pays d'à côté", envisage la femme de caractère.

Et Christian Troadec? Ne pourrait-il pas jouer un rôle dans cette histoire? "Sa candidature aux élections présidentielles françaises de 2017 est une imposture!", dénonce Rozenn Haymel. "C'est un régionaliste carriériste qui a décidé de s'éloigner des Bonnets Rouges, pile au moment où les bretons avaient besoin de lui", rappelle la candidate aux élections nationales bretonnes. Une référence au manque de soutien de la part de l'ancien porte-parole du Collectif BR, lors des nombreuses arrestations subies, notamment, par le comité des Bonnets Rouges du Pays de Dinan. "Au Parlement, les candidats seront bénévoles et essuieront les plâtres", prévient Rozenn.

C'est sur cet avertissement que je décide de clôturer la conversation afin de donner la parole à Mary Millasin Olivo... Discours que vous pourrez lire dans un prochain portrait!

 

L'oeil d'une blonde.

 

1. Bretagne Réunie est une association régie par la loi de 1901. Fondée en 1980, son but est la reconnaissance comme collectivité territoriale de la Bretagne à cinq départements (Finistère, Côtes d'Armor, Morbihan, Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique).

2. Skol an Emsav (école du mouvement breton) est un organisme de formation aux adultes qui dispense des cours du soir et stages en langue bretonne.

3. Pour en savoir plus sur les onze revendications des Bonnets Rouges ---> www.bonnetsrougesbzh.eu/revendications-des-bretons/

4. Rungis est un marché d'intérêt national situé dans les communes franciliennes de Rungis et Chevilly-Larue, dans le département du Val-de-Marne en France. C'est un marché de gros auquel les pouvoirs publics ont accordé un statut particulier.

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