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L'oeil d'une blonde

L'oeil d'une blonde

Un blog journalistique écrit par une jeune femme blonde sur l'actualité en Bretagne dans un premier temps.


Mary Millasin-Olivo: franchise et grand coeur.

Publié par L'oeil d'une blonde sur 26 Novembre 2016, 22:31pm

Catégories : #parlementdebretagne

Retournons à Saint Agathon (22) où, après avoir interrogé Rozenn Haymel et fumé une cigarette, je commence mon entrevue avec Mary Millasin-Olivo. Elle aussi candidate aux élections nationales bretonnes de novembre 2016.

 

Mary Millasin-Olvio, candidate aux élections nationales bretonnes de novembre 2016.

 

Mary Millasin-Olivo est une femme mariée et mère de trois enfants. Agée de 62 ans, elle dit avoir été élevée par sa grand-mère qui lui répétait toujours: "tu es bretonne avant d'être française". Des mots qu'elle a imprégné et compris tout au long de sa vie. Ayant été commerciale dans le management et l'intérim, la femme aux cheveux frisés a effectué de nombreux déplacements à travers la France. "Dès que je passais la panneau de la frontière bretonne, je me sentais prise d'un mal-être", me confie la candidate. Une sensation qu'elle tente de m'expliquer par le fait d'avoir en soi les gênes d'un peuple différent des français. "Quand j'habitais en Normandie, je faisais des kilomètres tous les étés rien que pour participer à un fest-noz", se souvient Mary amusée.

Originaire de Rennes, la courageuse bretonne fait partie de la génération que l'Education Nationale Française a élevé dans la négation de l'identité bretonne. "Dès qu'un mot de breton m'échappait ou que je chantais une chanson dans ma langue maternelle, je me faisais taper sur les doigts", se remémore Mary Millasin-Olivo. Désormais en invalidité et proche de la retraite, la candidate souhaite utiliser son temps libre pour suivre un stage de breton. Mais pas seulement...

 

Une autonomiste devenue indépendantiste.

 

Mary Millasin-Olivo était autonomiste lorsqu'elle a rejoint le mouvement des Bonnets Rouges en 2013. Elle a vite compris qu'il ne servait à rien de demander à l'Etat Français. "On est ficelé par tout ce qui est régalien", commence par me dire la bretonne. "Peu de gens sont au courant, mais on nous a régulièrement empêché de sortir le Gwenn Ha Du", affirme la candidate aux élections nationales bretonnes. Une situation qui s'est produite lors de la manifestation contre la réforme territoriale des bretons et alsaciens le 20 décembre 2014. Les forces de gendarmerie commandés par un gradé de la police avaient reçu pour consigne de parquer les manifestants. Lorsque ces derniers ont voulu rejoindre leur voiture, on a tenté de leur imposer de ranger leurs drapeaux et bonnets rouges. Les alsaciens ont même dû appeler leur chauffeur de bus pour venir les récupérer au pied des barrières, installées d'habitude pour empêcher les voitures de circuler lors d'un événement festif ou un marché. Une censure que Mary Millasin-Olivo retrouve dans les médias à grande audience. "C'est triste d'aller voir des télévisions étrangères pour pouvoir voir un reportage objectif sur ce qu'a été la révolte des Bonnets Rouges du XXIème siècle", déplore la Saint Agathonaise. Une référence à un document russe qu'elle a eu l'occasion de visionner. L'ancienne membre du Comité BR de Guingamp souhaiterait, à l'image de l'association KAD, que des bretons ou bretonnes créent des médias où l'information ne serait pas triée sur le volet. "La population doit être au courant de tout. Que ça plaise ou non!", s'exclame Mary Millasin-Olivo.

Christian Troadec, journaliste en son temps, se présente aux élections présidentielles françaises de 2017. Ne pourrait-il pas être le déclencheur d'une révolution médiatique? "Je ne suis pas pour cette candidature dans les conditions où elle se fait", me répond Mary. Pro-Troadec pendant longtemps, elle trouve que l'homme politique est devenu "trop bisounours". Les Bonnets Rouges se voulant a-politique, Mary pense que le maire de Carhaix n'a pas su saisir cette opportunité. "Les bretons, comme la plupart des français, ne veulent plus d'une politique jacobine. Christian Troadec n'est plus crédible", tranche la future potentielle parlementaire bretonne.

Dans sa profession de fois, Mary Millasin-Olivo écrit que "le peuple breton [doit apprendre à] se débarrasser des structures liberticides et destructrices de l'Etat Français". On peut se demander de quoi elle parle malgré l'évidence. "Les préfectures et sous-préfectures sont là pour nous surveiller", affirme la dame à la classe naturelle. Une accusation qu'elle émet aussi à l'encontre de la justice française. Notamment dans l'affaire Jo Baron. Un agriculteur accusé à tort d'avoir détruit le portique écotaxe de Lanrodec (22).

Aujourd'hui, Mary est donc forcément indépendantiste et l'a définitivement prouvé aux dernières élections régionales françaises. Elle était tête de liste du département des Côtes d'Armor au nom de Notre Chance l'Indépendance.

 

"Défendre les valeurs de la Bretagne, quelles qu'elles soient".

 

En se présentant aux élections nationales bretonnes, Mary Millasin-Olivo souhaite que la Bretagne ait une réelle place au sein de l'Europe de demain. "Les français ont appelé la Bretagne leur Pérou parce qu'elle était riche", m'apprend la candidate. Des propos tenus par François 1er, responsable de la fin de l'indépendance bretonne. "Elle est toujours détentrice d'un gros PIB (produit intérieur brut) mais elle est devenue une vache à lait", continue Mary à propos de sa Nation.

Défenseuse des langues bretonnes, gallo compris, la femme de caractère entend aussi lutter pour sa culture et son patrimoine. "Notre identité regroupe nos valeurs", affirme Mary Millasin-Olivo. "Or, la majorité de la population sur notre territoire, Loire-Atlantique incluse, est catholique", soulève la petite fille d'un grand-père italien et d'une grand-mère irlandaise. Ayant reçu une éducation religieuse dans ce sens, Mary n'est pas pratiquante mais a gardé les préceptes du catholocisme. "Ca reste dans mes fondements mais, pour moi, les religions sont plus destructrices que bénéfiques", avoue la candidate. Il est vrai qu'à une certaine époque, les religions étaient plus une morale, une philosophie de vie qu'une idéologie politique. Aucune d'entre elles ont véritablement évolué en même temps que les populations. Il n'y a qu'à faire un parallèle entre les croisés et les djihadistes. Les premiers, au XIIème siècle, ont lutté contre les musulmans en Espagne parce qu'ils les voyaient comme des hérétiques. Les derniers, au XXIème siècle, se font exploser parmi ceux qu'ils considèrent comme des mécréants. "La religion est quelque chose que tu as au fond de toi, quelque chose de personnel. Tu ne dois pas l'exposer aux autres", pense Mary Millasin-Olivo. Cependant, la femme amoureuse qui me fait face refuse que la laïcité prenne le dessus sur la culture bretonne. Etant donné le nombre d'Eglises, de calvaires et de chapelles présentes sur le territoire, la candidate considère "juste de laisser les gens participer à la rénovation de lieux de culte s'ils le souhaitent".

Pas très en forme, Mary fait preuve de volonté et continue de répondre à mes questions. L'ambiance chez elle est chaleureuse et familiale. D'autant plus qu'elle héberge son papa. Celui-ci étant devenu trop faible pour vivre seul. Un choix d'entraide plutôt que de confort que Mary fait envers tous ceux qu'elle peut aider.

 

Mary Millasin-Olivo et son papa dont elle s'occupe chez elle.

 

Une femme de poigne au grand coeur.

 

Partisane d'une Bretagne indépendante, Mary Millasin-Olivo opte, tout comme ses camarades Yann Kez et Rozenn Haymel, pour une carte administrative à l'image de celle créée par le CELIB. "Ces 15 pays sont équilibrés. Que ce soit par rapport au territoire ou à la population", estime la future éventuelle élue. Des pays qui seraient responsables et autonomes et qui auraient recours à des systèmes de votation comme en Suisse. "D'un endroit à l'autre de la Bretagne, les intérêts ne sont pas les mêmes", souligne Mary. La justice, quant à elle, serait une nouvelle fois propre à Breizh. "Le plus difficile sera de ne plus penser français", craint la candidate aux élections nationales bretonnes. C'est pour cette raison qu'elle reprendrait les lois et coutumes de Bretagne afin qu'elles soient appliquées dans les tribunaux.

Soucieuse de la situation dans laquelle se trouve les agriculteurs, Mary a constaté que cette corporation n'arrivait plus à nourrir ses enfants. C'est donc tout naturellement qu'elle a pensé à relancer et modifier le modèle actuel. Dans l'optique d'une moindre production pour plus de qualité, la femme libérée qu'elle est veut que les habitudes d'achat changent. "Privilégions la proximité et donc plus de rapports humains", propose-t-elle. Contre la ferme des milles vaches, Mary dénonce l'embargo de l'Etat Français contre la Russie. Une décision qui a des répercussions catastrophiques pour les éleveurs bretons. "On doit s'ouvrir à de nouveaux marchés qui existent déjà", déclare la candidate.

De nouvelles relations extérieures qu'elle compléterait par une meilleure gestion des transports. Notamment en améliorant le transport maritime et le ferroutage. "Il faut éviter un maximum d'allers-retours inutiles en utilisant nos ports bretons qui ne le sont pas tous aujourd'hui", me dit Mary Millasin-Olivo.

Consciente que tout est à faire et à construire, la maman veut lancer une révolution dans les écoles. "Les professeurs de l'Education Nationale Française ne sont plus mobilisés sur l'enfant", constate Mary. "Ils sont tout aussi parqués que leurs élèves", lance-t-elle. Adepte du cas par cas, la candidate est pour l'instauration de l'apprentissage à un plus jeune âge que ce qui est fait maintenant. "Faire connaître à la jeunesse les nouveaux métiers est une option à ne pas oublier", rappelle l'amie de Rozenn Haymel.

 

Relever l'économie pour mieux accueillir les réfugiés.

 

La première des priorités pour Mary Millasin-Olivo est de relancer l'économie en la soutenant. "En choisissant nous-même où va notre argent et comment le gérer, on s'en sortirait tous beaucoup mieux", estime la femme de Gilles, qui nous rejoint autour de la table de la cuisine. Selon Mary, de nombreuses entreprises avaient la nécessité de prospérer en Bretagne. "Mais l'Etat Français les a lâché!", grogne Mary. Un jugement qu'elle porte aussi envers les banques qui empêcheraient les jeunes de créer leur propre business. "D'où ma volonté de voir des banques bretonnes publiques sortir de terre", enchaîne Mary. Un statut qu'il serait possible d'obtenir avec la reconnaissance internationale de l'existence du Parlement de Bretagne mais, surtout, avec l'accord du peuple breton.

"Le plus urgent est de récupérer les 87% des impôts payés par les bretons et les bretonnes, mais qui restent à Paris", revendique Mary Millasin-Olivo. Elle continue en me parlant d'elle. "Je suis tolérante mais je tends la main aux autres quand je le peux". Craignant la réaction de certains et de certaines, je comprends qu'elle tente avec appréhension de basculer sur un sujet d'actualité: les migrants de Calais expédiés "comme des chiens" dans les campagnes de l'Hexagone. "L'Etat prétend s'occuper de la misère mais rien n'est prêt pour accueillir ces gens", ose dire tout haut la Saint Agathonaise ce que beaucoup pensent tout bas. Le camp de Stalingrad encore en tête, Mary est révoltée de voir les conditions de vie données à ces personnes humaines comme nous. "Aider l'autre est un choix et non une obligation. Sinon on ne le fait pas de bon coeur, ni complètement", constate la mère de trois enfants.

Encore une méconnaissance du peuple breton de la part de l'Etat Français. Ces irréductibles résistants au centralisme accepteraient volontiers d'héberger quelqu'un dans le besoin. Peu importe la couleur de peau, la nationalité ou encore la religion de la personne en question. Simplement méfiant de nature, le breton préférerait que la décision vienne de lui et non pas du pays qui a fait de lui un français par obligation. "A Carhaix, le 30 novembre 2013, on ne te demandait pas de quel parti tu étais", rappelle Mary. "C'est une cause commune qui nous a uni et c'est de cette manière qu'on a toujours fonctionné", reconnait la candidate aux réveil du Parlement de Bretagne qu'elle considère dans le même élan.

L'heure du repas de son papa arrivée, Mary Millasin-Olivo me proposera un apéritif. J'aurais même pu manger avec toute la petite famille si je n'avais pas de la route à faire. Si l'Etat Français n'interdirait pas d'héberger des réfugiés chez soi, sous peine de lourdes sanctions, mon petit doigt me dit que celui qui saurait gagné la confiance de Mary... Il aurait un toit sur la tête et embrasserait volontiers la cause bretonne.

 

L'oeil d'une blonde.

 

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L'oeil d'une blonde 29/11/2016 17:41

Euh... Dans le dernier paragraphe, je ne trouve pas la phrase...

Klémon 27/11/2016 17:51

Bonjour, il y a une sacrée faute au dernier paragraphe que je me dois, tout à fait amicalement, de souligner :
"Si l'État français n'interdirait pas..." devrait s'écrire "Si l'État français n'interdisait pas..."

Voilà voilà :)
Très bon article de quelqu'un que je connais depuis un moment déjà !

L'oeil d'une blonde 29/11/2016 17:39

Bonjour,

Merci pour le signalement. Je vais modifier ça ;)
Merci aussi du compliment mais avec ce pseudonyme, moi je ne vois pas qui vous êtes ^_^

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