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L'oeil d'une blonde

L'oeil d'une blonde

Un blog journalistique écrit par une jeune femme blonde sur l'actualité en Bretagne dans un premier temps.


Jonathan Le Bris ou l'engagement sincère d'un expatrié breton.

Publié par L'oeil d'une blonde sur 2 Novembre 2016, 07:58am

Catégories : #parlementdebretagne

La dernière réunion publique de KAD, association organisatrice des élections nationales bretonnes, se termine à 18h30 le samedi 29 octobre 2016 à Carhaix. Profitant de la présence de Jonathan Le Bris, candidat pour la Diaspora bretonne, j'entame une nouvelle entrevue...

 

Jonathan Le Bris, candidat aux élections nationales bretonnes de 2016.

 

Nous nous installons sur une banquette retirée du bar La Brasserie, situé Place de la Mairie. Lumières tamisées, ambiance apaisante et Yann Tiersen en fond musical, je commence cette interview dans de bonnes conditions!

Jonathan Le Bris est un homme marié de 33 ans. Originaire de Lorient, il est aujourd'hui jardinier à son compte en Territoire de Belfort. Il a quitté la Bretagne vers dix ans suite au divorce de ses parents. Un statut d'expatrié qui s'est prolongé dans le temps et qui est dû à sa première fonction: militaire. Muté en tant que sous-officier dans l'est de l'Hexagone, il y rencontre celle qui devient sa femme. "J'ai un beau-fils qui a un très bon contact avec son père, on ne veut pas le séparer de lui. Sinon on serait déjà revenu en Bretagne", me confie le breton également père de deux autres enfants issus de son mariage.

Pour le candidat aux élections nationales bretonnes, être de la Diaspora "n'est pas une insulte". Attaché à la culture, l'histoire et les langues bretonnes (breton et gallo), Jonathan estime qu'"on a chacun notre expérience de vie, qu'on peut tous apporter quelque chose". Etre expatrié n'est pas un trait commun à tous et il est difficile de comprendre le sentiment qui en résulte quand on ne l'a jamais vécu. "J'ai beau avoir un chez moi, une famille, il y a toujours une partie de moi qui ne se sent pas à sa place", tente de nous expliquer l'homme originaire de Lorient.

Se définissant comme un altermondialiste, Jonathan ne croit pas au système actuel où "l'argent remplace les vraies valeurs". Un système imposé actuellement par la France, notamment aux bretons, qu'il définit comme "totalitaire, jacobin, oligarchique (...), centraliste [et] pourri en son sein".

 

Un Parlement pour une Bretagne fédérale indépendante.

 

Auteur d'une demande de répudiation de la nationalité française, l'ancien militaire a entrepris des démarches juridiques dans le but d'obtenir des papiers officiels reconnaissant la nationalité bretonne. "J'accuse la France de m'avoir arbitrairement privé de ma véritable nationalité et demande donc à cette même France de me reconnaître tel que je suis, un citoyen européen de nationalité bretonne", écrit Jonathan Le Bris dans un communiqué de presse repris par de nombreux médias. Après un échec devant le tribunal administratif (1), sa demande est rejetée au tribunal d'instance (2) de Rennes. "Ils m'ont baladé de bureau en bureau et là je suis à Nancy", m'explique le candidat.

Jonathan Le Bris a désormais deux solutions: faire appel ou en appeler directement au Conseil Constitutionnel. Cette procédure prendra quelques années mais l'objectif est en fait "d'épuiser tous les recours en France, pour pouvoir ensuite saisir la Cour Internationale de La Haye (3)".

Un dossier qu'il compte soumettre aux futurs parlementaires qu'il soit élu ou non. Bien sûr, l'homme aux cheveux longs coiffés à la Ragnar Lodbrok (4), s'est questionné sur les différents partis bretons susceptibles de défendre les intérêts de sa Nation. Mais il en est arrivé à la conclusion qu'ils passaient plus de temps à se tirer dans les pattes qu'autre chose. Le réveil du Parlement de Breizh est ouvert à tous et donc "plus démocratique. Un parti, comme son l'indique, c'est une partie de la population. Ca divise!", s'exclame joliment l'expatrié breton.

Une des premières missions du Parlement sera d'écrire une constitution pour la Bretagne. Dans ce cadre, Jonathan Le Bris a travaillé sur une proposition de mise en place d'une Bretagne fédérale indépendante.

Son projet d'étude est inspiré du modèle fédéral suisse ainsi que du droit coutumier (5) breton. "Mes propositions restent des propositions. Je souhaite que les hommes d'Etat soient, non pas des décideurs, mais des gens qui proposent et qu'on trouve dans la rue", me dit Jonathan tout en me tendant un livret de 164 pages. Un ouvrage "se voulant être un objet de réflexion, (...) entrecoupé de pages d'annotations [qui], (...) au fur et à mesure de la lecture, [permettent] d'y annoter vos idées quant aux modifications à apporter à ce projet constitutif pour une Bretagne souveraine, libre et indépendante", écrit le candidat en avant-propos.

Le territoire serait découpé en neuf pays historiques ou en cinq départements, Loire-Atlantique comprise. Ceux-ci pourront se référer à la Fédération "si [une] question touche un ensemble [de pays/départements] bretons, auquel cas [la Fédération donnera] la responsabilité [de cette question aux] communes, pays/départements [ou elle-même]. La décision quant à elle sera de la responsabilité du peuple par voix référendaire (...), l'entité (...) se limitant à proposer la ou les solutions et/ou orientations possibles", est-il écrit à l'article 5a de la proposition constitutive de Jonathan Le Bris.

Les pouvoirs devront également être séparés, à l'image des trois capitales: Nantes comme celle du pouvoir exécutif, Rennes pour le pouvoir législatif et Brest pour le judiciaire. En cas de conflit dans le pays, le jeune expatrié a même pensé à instaurer un contre-pouvoir à Lorient. Celui-ci se traduirait par la tenue d'Etats Généraux sous forme de mesure exceptionnelle.

Attaché à la responsabilité individuelle et sociale, il ne souhaite pas rendre le vote obligatoire.

 

Le projet d'étude pour une Bretagne fédérale écrit par Jonathan Le Bris.

 

Nationalité et citoyenneté bretonnes.

 

L'acquisition de la citoyenneté est différente de la naturalisation d'un individu. Jonathan l'a bien compris et souhaite que les pays/départements aient, par exemple, une autonomie dans le fait d'accorder ou non le droit de vote aux personnes nouvellement établies sur le territoire. Un droit qui serait accessible uniquement au terme d'un délai prédéfini. Bien entendu, nul ne pourrait exercer ses droits politiques dans plus d'un pays/département breton.

Qu'en est-il de la nationalité? Elle serait accordée d'office à toute personne ayant sa résidence principale en Bretagne. Les individus nés sur le territoire ou affiliés à celui-ci de par leur père ou/et leur mère pourraient y prétendre. De même pour une personne mariée ou adoptée à/par une famille bretonne.

Le candidat aux élections du Parlement croit à une Bretagne ouverte sur le monde. Il part du principe qu'un étranger peut se faire naturaliser à partir du moment où "il est respectueux de ce qui fait la Nation Bretonne". Jonathan ajoute: "tu viens parce que tu souhaites t'intégrer, pas pour changer le mode de vie d'une population". Il n'oublie pas que Breizh est une terre maritime et qu'elle a, elle-même, une grande partie de ses fils et filles installée aux quatre coins du globe. Par conséquence, l'acquisition de la nationalité bretonne serait facilitée pour les enfants apatrides (6) et des dispositions minimales devaient être établies par la Fédération, sur la naturalisation des étrangers par les pays/départements.

 

Relations internationales et reconnaissance de la Bretagne.

 

Jonathan Le Bris possède déjà lui-même des contacts avec certaines minorités nationales de l'Hexagone: la Savoie et l'Alsace avec qui il a participé à des manifestations. Notamment à propos de la dissolution de l'Alsace dans un Grand-Est, suite à la réforme territoriale administrative française de 2015. Pour lui, il est important de garder des liens et/ou des associations internationales.

Il me vient alors une question qui pose Jonathan dans une situation délicate: pense-t-il que KAD devrait, à la suite de l'installation du Parlement de Bretagne, passer la main aux parlementaires pour représenter la Bretagne au sein de l'UNPO (7)? Il me répond "non"... Dans un premier temps. Il semble hésitant, comme s'il ne voulait froisser personne. "Je ne serai pas foncièrement contre, mais c'est le travail de KAD et il faut respecter ça". Partant du principe que c'est au Parlement de se faire connaître, il préférerait se dissocier de l'association organisatrice des élections nationales bretonnes. "On pourrait prendre contact avec les Parlements Celtiques de notre côté", ajoute le père de famille.

Un travail complémentaire donc, qu'il reconnaît aussi au maire de Carhaix Christian Troadec. "Il est le seul à même de porter des revendications au moins régionalistes, dans le système français". En se présentant aux élections présidentielles françaises de 2017, Christian Troadec "a choisi un front. Ce n'est pas le même combat que le Parlement mais c'est un front commun pour la Bretagne", conclut Jonathan Le Bris.

Notre dialogue s'arrêtera ici... Sous la pression de mon covoiturage composé de deux femmes de caractère qu'il est dangereux de contester. Ah les sociétés matriarcales, c'est comme tout, ça a ses avantages et ses inconvénients! ;)

 

L'oeil d'une blonde.

 

1. Un tribunal administratif résout les litiges opposant les personnes privées (particuliers, sociétés privées, associations...) à des collectivités publiques ou opposant des collectivités publiques entre elles.

2. Un tribunal d'instance est une juridiction à juge unique, chargée de régler les affaires civiles portant sur des sommes entre 4000 et 10 000€ ainsi que prévues par la loi sans considération de montant: les tutelles, le crédit à la consommation, la location d'habitation, les expulsions de "squatters"...etc.

3. La Cour Internationale de La Haye ou Cour Internationale de Justice a été créée en 1946, après la Seconde Guerre Mondiale. C'est l'organe juridictionnel des Nations Unies. Elle tranche exclusivement les litiges "souverains", c'est-a-dire entre Etats.

4. Ragnar Lodbrok fut un roi semi-légendaire de Suède et de Danemark, qui régna à une époque indéterminée entre 750 et 850. Il est le héros principal de la série canado-irlandaise Vikings, coproduite par la chaîne de télévision History.

5. Le droit coutumier est un ensemble de règles reposant sur la coutume, donc sur l'usage. La coutume peut-être définie comme une règle de conduite, une habitude suivie par un groupe social donné. Elle résulte d'un usage plus ou moins prolongé et est transmise de génération en génération.

6. Un apatride est une personne dépourvue de nationalité, qui ne bénéficie de la protection d'aucun Etat.

7. L'UNPO (Unrepresented Nations and Peoples Organization ou Organisation des Nations et des Peuples Non Représentés en français) est une organisation internationale dont les membres sont des peuples autochtones, des minorités et des territoires non souverains ou occupés.

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Mamie 02/11/2016 10:50

un grand bravo pour ce beau travail, Jolie Blonde !

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