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L'oeil d'une blonde

L'oeil d'une blonde

Un blog journalistique écrit par une jeune femme blonde sur l'actualité en Bretagne dans un premier temps.


Alain Le Bris, la sagesse à l'état pur.

Publié par L'oeil d'une blonde sur 21 Novembre 2016, 15:22pm

Catégories : #parlementdebretagne

C'est dans mon studio que je donne rendez-vous à Alain Le Bris, 57 ans, habitant à Plourhan (22) et candidat aux élections nationales bretonnes de novembre 2016. N'étant pas un rat des villes, Alain accepte que je vienne le chercher rue Picardie, à Rennes.

 

Alain Le Bris, candidat aux élections nationales bretonnes de novembre 2016.

 

Nous sommes en fin d'après-midi et le jour est encore levé quand Alain Le Bris descend de son camping-car pour venir me rejoindre. Surpris de me voir à pieds, l'homme aux épaules carrées me demande si nous sommes loin de chez moi. Lorsque je lui réponds que nous allons prendre le métro, il semble inquiet. "Tout ce qui n'est pas naturel me met mal à l'aise...", m'avoue Alain. Nous commençons donc le chemin à pieds afin d'éviter un trop long moment dans le métro. Un compromis qui décide le cinquantenaire a finalement tenter l'expérience.

C'est donc après avoir établi un lien de confiance que nous arrivons chez moi. Le regard à la fois bienveillant et méfiant, Alain Le Bris s'installe devant le thé que je lui ai servi.

Séparé depuis quelques mois maintenant, le candidat au réveil du Parlement de Bretagne est père de trois enfants. Une fille et deux fils dont l'éducation s'est faite en forêt. "Mes gamins donnaient du pain aux sangliers. Je leur ai appris à suivre une piste, à se repérer dans la nuit afin qu'ils puissent contrôler leurs peurs, mieux écouter et voir ce qui les entoure", raconte Alain. De philosophie druidique et celtique, comme en témoigne le triskel qu'il porte autour du cou, le breton souhaitait que ses enfants vivent au plus proche des gens et de la nature. Une façon d'appréhender et d'analyser les choses qui irait de paire avec la Nation Bretonne. "Pour la société actuelle, le druidisme c'est Axterix et Obelix. En fait, c'est la transmission orale et manuelle du savoir breton", explique Alain.

 

"Après réflexion et consultation de [s]es pères..."

 

Militant breton depuis ses 14 ans, l'ambulancier-taxi se dit "ni de droite, ni de gauche, ni du centre, simplement breton". Une déclaration qui prend tout son sens lorsqu'on se penche sur son parcours.

Fils de druide et de mère chrétienne, Alain Le Bris a commencé à fréquenter les Cercles Celtiques Bretons durant son enfance. Une période culturelle où il a eu la chance de fréquenter Glenmor (1), ami de son père. Mais c'est à l'aube de l'adolescence que le candidat a compris qu'il avait le droit à la parole. "C'était un éveil", dit-il les yeux remplis d'étoiles. "Je pouvais enfin m'exprimer". Il commence alors à aider les réfugiés espagnols qui fuyaient Franco (2), manifeste contre la loi Debré (3) et se rebelle contre le ministre de la mer de l'époque.

Puis, vint le jour où il se souvient de qui il est et d'où il vient. Logeant sur Paris, il décide d'écrire avec son ami Pascal le SPV (Strollad Poblek Vreizh). Un parti nationaliste breton qui avait pour but de développer l'identité culturelle bretonne. "C'était un travail que le SAV (Strollad ar Vro) avait déjà fait avant nous. Mais ce parti politique breton était trop vieux à notre goût. On voulait créer quelque chose de propre à la jeunesse", se souvient Alain. Un an après, les membres du SPV reviennent en Bretagne. "On a eu l'honneur de ramener nos familles au pays", précise le candidat avec fierté. Aujourd'hui, le SPV est toujours actif et en contact malgré sa dissolution. Il a notamment été repris un temps par des personnalités du mouvement breton comme Jean-Pierre Le Mat ou encore Yoran Delacour. "Déjà à l'époque il existait un front commun pour la Bretagne. Le SPV réunissait des gens de tout bord. Droite, gauche, en passant par les extrêmes", affirme Alain Le Bris.

Alain voit donc la Bretagne dans son ensemble et non sous forme de partis politiques. Soucieux de préserver un héritage mais aussi conscient du présent, il sait que ce sont les jeunes qui construisent l'avenir. "La Bretagne est une terre de démocratie et le restera", écrit le candidat dans sa profession de foi.

 

... Il rejoint son fils comme candidat au réveil du Parlement de Breizh.

 

Au début de l'entretien, Alain Le Bris semblait craindre de froisser certaines personnes par le biais de ses propos. Un comportement qui m'a tout de suite rappelé le souvenir que j'avais eu de son fils Jonathan. Les deux étant candidats aux élections nationales bretonnes. Tel père, tel fils me direz vous. En effet, Alain rejoint son enfant sur l'idée d'une Bretagne Fédérale et indépendante. Mais son expérience n'est pas la même.

Vivant sur le territoire breton, Alain est attaché à un découpage territorial correspondant aux quinze pays du CELIB (4). Des pays qu'il considère comme correspondant à la population bretonne. "La Bretagne est composée de différents bassins d'influence et d'emploi aujourd'hui. Si nous voulons être cohérents, il ne faut pas l'oublier", explique le plourhanais. Des mots qui font écho à sa volonté de réintroduire le respect des droits bretons (lois et coutumes de Bretagne), tout en les adaptant au droit international (5). "Nous sommes, officiellement, toujours indépendants. Nous vivons donc dans un pays occupé qu'il nous faut libérer en retrouvant ce qu'on avait avant", déclare Alain Le Bris. Mais comment faire? En acceptant que "tout le monde, quelques so[ient] [l]es idées, doit être représenté au sein de notre parlement, dans un esprit d'ouverture et de travail en commun pour l'avenir de notre nation". C'est aussi pour cette raison qu'il estime qu'il est "trop tôt" pour parler de partage des pouvoirs. "Le pouvoir doit partir du peuple. Les parlementaires seront là pour travailler sur ce que souhaite la population. Nous ne devons pas imposer comme les jacobins", prévient le bonnet rouge du comité du Pays de Dinan.

 

Source: Bretagne, une ambition nouvelle, C.E.L.I.B, Presses Universitaires de Bretagne, Saint-Brieuc, 1971.

 

L'argent public ou ce à quoi il ne doit pas servir.

 

"Lorsque le Parlement sera élu, j'espère qu'il communiquera par le biais de votations et consultations du peuple breton mais pas seulement", me confie Alain Le Bris. Partisan d'une presse écrite, une télévision et une radio officielles, le futur potentiel parlementaire souhaite que le reste des médias soit libre. Et pour que ce soit véritablement le cas, l'argent public ne subventionnerait pas ces médias. "Prenons l'exemple de Ouest-France. S'ils augmentaient leur journal quotidien de 5 cents à la vente, ils n'auraient même plus besoin de toucher ce que leur donne l'Etat français", me dit Alain. "Ils ont fait un choix. Le choix d'être politiquement correct pour plus de profit", pense le candidat.

Une position que l'homme à lunettes a également vis-à-vis des entreprises privées, partis politiques et syndicats. "Tout comme les journaux doivent vivre de leurs clients et les entreprises privées de leurs investissements, les partis politiques et syndicats peuvent, quant à eux, compter sur leurs membres", déclare Alain Le Bris. "Il faut savoir que 90% des subventions des syndicats proviennent de l'Etat et du patronat", affirme-t-il. En fait, si on s'intéresse aux comptes publics de la CGT en 2011, le syndicat comptabilisait des recettes à hauteur de 96, 5 millions d'euros. Parmi ces recettes, 19,5 millions proviennent de l'Etat et d'institutions paritaires (6). Le reste provient des cotisations des membres de la CGT, soit 80% du montant total des recettes du syndicat.

"Une révolution économique simplifierait les choses et on compterait beaucoup moins de tricheurs", conclut Alain Le Bris.

 

L'économie bretonne.

 

Dans sa profession de foi, Alain Le Bris annonce vouloir "défendre, promouvoir et consommer en premier lieu [les] productions [bretonnes] avant toutes importations". Quant aux productions importées, elles devront être "plus chères que les locales". Mais comment faire moins cher que Mc Donald's, chaîne de restauration rapide déjà implantée en Bretagne? "Si nous venons à devenir indépendants concrètement, toutes entreprises ou banques travaillant en Breizh doit avoir son siège social sur le territoire. Elles peuvent investir à l'étranger mais l'argent doit rester en Bretagne", répond le candidat. Le siège social d'une entreprise constituant en quelque sorte son lieu de domicile, Mc Donald's, si elle accepte, deviendrait alors bretonne et se soumettrait à la législation mise en place par le Parlement. En parallèle, Alain Le Bris pourrait inciter cette riche multinationale à rester en proposant le même taux d'imposition pour tous. "C'est donnant-donnant", résume-t-il.

Et les PME alors? C'est bien mal connaître le breton de penser qu'il les a oublié. "A l'heure actuelle, les petites et moyennes entreprises subissent l'existence de plusieurs TVA qui engendre beaucoup de paperasse et donc une perte de temps", me fait remarquer le père de trois enfants. C'est pour cette raison que, s'il est élu, il travaillera sur une seule et unique TVA. Il en serait de même pour les charges salariales et patronales. "Un smicard touche environ 1150€ net par mois, soit 1467€ brut. Où vont ces 317€ déduits de leur salaire?", m'interroge Alain Le Bris. Après quelques recherches, je constate que cet argent contribue au remboursement de la SECU et aux impôts sur le revenu. Je me souviens alors que certains médicaments ne sont plus remboursés et que nous les payons en plus de cette contribution. Même histoire pour les impôts. Mais une fiche de paie présente aussi des cotisations de sécurité sociale (assurance maladie, décès, invalidités, accident du travail...), de chômage (assurance chômage, Apec pour les cadres...) et de retraite complémentaire ( CET, complémentaires cadre et non-cadre...). Tout un tas de charges qui varient en fonction de l'âge, du département, de l'activité de l'entreprise ou encore du montant du salaire. "C'est de l'argent que l'individu n'emploie pas à consommer", me fait remarquer justement Alain Le Bris. Du moins pas comme il aimerait...

Quand on parle d'économie bretonne, on pense forcément à l'agriculture. Un sujet sur lequel le candidat aux élections nationales bretonnes s'est penché. Partisans des circuits-courts, il aimerait que les produits locaux ne circulent plus jusqu'à Rungis avant de retourner en Bretagne. "Ce n'est pas normal d'habiter à côté d'une ferme et de manger un yaourt qui a fait 400km", dénonce le futur potentiel parlementaire. Conscient de la situation urgente dans laquelle se trouve les jeunes agriculteurs, Alain a eu une idée. "Je vais passer pour un doux rêveur mais la transmission d'entreprise devrait se faire sans frais. Aujourd'hui quand tu hérites, tu es dans l'obligation de faire un emprunt pour rembourser tes impôts ou c'est la vente assurée", explique-t-il. Seuls les riches peuvent donc être dans la capacité de garder leur patrimoine.

Tout d'un coup, le téléphone portable d'Alain Le Bris sonne. Le breton m'annonce qu'il a une réunion dans le Finistère et qu'il devrait déjà y être. Soit! Sans transition, je lui pose la question commune à tous les candidats aux élections nationales bretonnes que j'ai rencontré. Que pense-t-il de la candidature de Christian Troadec aux élections présidentielles françaises de 2017? "Il ne se positionne pas pour être président de la République Française mais pour faire entendre la voix des peuples soumis à Paris", pense notre druide. "Dans la mesure où la loi impose aux maires de dire publiquement pour qui ils signent, je doute qu'il obtienne les 500 signatures. C'est l'expression d'un pays totalitaire et colonialiste", conclut Alain Le Bris.

Les mots de la fin qui feront peut-être référence pour certains et certaines à Coluche: "la dictature, c'est ferme ta gueule! Et la démocratie...Cause toujours!".

 

L'oeil d'une blonde.

 

1. Glenmor était un auteur-compositeur-interprète, écrivain et poète de langue française et bretonne. Engagé dans la défense de l'identité bretonne, il est considéré comme le barde moderne qui a éveillé des consciences de sa génération et de celles qui ont suivi.

2. Franco était un militaire et homme d'Etat espagnol. De 1939 à 1975, il a dirigé un régime politique dictatorial qu'on nomme l'Etat franquiste avec le titre de Caudillo (chef ou guide en français).

3. La loi Debré est une loi française qui porte le nom de Michel Debré, premier ministre et ministre de l'éducation nationale. Elle instaure un système de contrats entre l'Etat et les écoles privées qui le souhaitent. L'Etat accorde une aide mais en contrepartie, les programmes doivent être les mêmes que dans l'enseignement public (le catéchisme devient une option). L'inspection devient obligatoire et les enfants ne partageant pas la même religion que l'établissement ne peuvent être refusés. Les enseignants sont rémunérés par l'Etat. En revanche, leurs retraites dépendent du régime général et de caisses de retraites complémentaires, ce qui induit une différence tant dans la rémunération nette (taux de cotisations plus fort) que dans les droits à la retraite (nettement plus faibles). La loi a été abrogée en 2000 pour être intégrée au Code de l'éducation.

4. Le CELIB (comité d'étude et de liaison des intérêts bretons) est un lobby créé en 1950 par un groupe de personnalités dont l'autonomiste breton Joseph Martray. Dans le contexte de l'après-guerre, il s'agit de promouvoir le développement économique de l'identité de la Bretagne à 5 départements, en profitant du plan de reconstruction et du plan Marshall.

5. Le droit international est l'ensemble des règles juridiques qui régissent les relations entre les Etats ou entre les personnes privées dans un cadre international. Les normes de droit international sont composées des textes ratifiés par plusieurs Etats: accords, conventions, protocoles et traités internationaux. Elles peuvent être bilatérales (ente deux Etats) ou multilatérales (entre plusieurs Etats). Les Etats signataires s'engagent à mettre en application ces normes sur leur territoire uniquement s'il y a réciprocité, en leur accordant un niveau supérieur à leurs normes nationales.

6. Les institutions paritaires sont des institutions sans but lucratif ( qui ne procure pas de gain financier) gérées conjointement par les partenaires sociaux (des représentants d'employeurs et de salariés). L'adjectif "paritaire" signifie qui est géré conjointement sur base égalitaire.

 

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